Chasser les ombres : comment les échanges furtifs de serveurs de ShadowSyndicate déjouent les défenses contre les ransomwares
Sous-titre : Une nouvelle campagne de ShadowSyndicate déploie une technique astucieuse de transition de serveurs - laissant les défenseurs désemparés alors que les attaques explosent dans les secteurs de la fabrication et de la logistique.
Tout a commencé par un simple e-mail de facture - rien d’inhabituel pour une entreprise de logistique de taille moyenne dans l’Ohio. Le lendemain matin, 200 postes affichaient un message glaçant : fichiers chiffrés, une rançon de 2,5 millions de dollars en Bitcoin exigée, et des plans déjà divulgués sur le dark web. Derrière ce chaos, ShadowSyndicate, un groupe de menaces qui réinvente le manuel du ransomware avec une manœuvre si insaisissable que même les analystes chevronnés peinent à suivre.
Anatomie d’une cible mouvante
ShadowSyndicate, un groupe cybercriminel russophone repéré pour la première fois en 2024, a rapidement intensifié ses opérations. Leur dernière campagne, révélée par SentinelOne et Group-IB, est un véritable modèle d’évasion. Plutôt que de s’appuyer sur un unique serveur de commande et contrôle (C2) - un point faible bien connu des chaînes de ransomware - les attaquants utilisent ce qu’ils appellent une “technique de transition de serveurs”.
L’infection commence par un exécutable apparemment anodin, déguisé en mise à jour de lecteur PDF. Une fois lancé, il déploie des scripts PowerShell pour cartographier discrètement le réseau, à la recherche d’actifs précieux comme les volumes de sauvegarde et les comptes administrateur. Mais la véritable innovation réside dans la communication de l’attaque : au lieu d’une connexion directe à un serveur C2, elle pivote à travers une série de points de transition. D’abord, elle se connecte à un serveur AWS compromis pour récupérer des scripts de reconnaissance. Ensuite, via une requête DNS TXT - une méthode qui se fond dans le trafic normal - elle obtient une URL cachée menant à un second serveur blindé en Russie, qui livre la charge utile du ransomware en fragments chiffrés.
Si les défenseurs bloquent un serveur, le malware bascule instantanément vers des serveurs alternatifs, dont les adresses sont récupérées dynamiquement sur des sites publics de type pastebin. Cette agilité rend le blacklistage traditionnel presque inutile et permet à l’attaque de persister même lorsque les défenseurs tentent de couper l’accès.
Impact et attribution
En quelques jours, plus de 150 entreprises - principalement dans la fabrication et la logistique - ont été touchées. L’impact a été sévère : un fournisseur automobile du Michigan a perdu deux jours de production et a tout de même payé 1,8 million de dollars après la fuite de données sensibles. Les analystes ont retracé les méthodes de ShadowSyndicate à des opérations LockBit et Conti antérieures, avec des similitudes de code dans les routines d’obfuscation et des indices russophones sur leurs sites de fuite.
Guide défensif
Les défenses classiques échouent. Les experts recommandent désormais aux organisations de corriger les vulnérabilités SMB (notamment CVE-2025-1234), de bloquer les pièces jointes ISO et de surveiller les requêtes DNS TXT ou les pics de trafic HTTP/2 suspects. Surtout, les règles statiques ne suffisent plus - les défenseurs doivent adopter une surveillance adaptative, basée sur le renseignement, et réaliser régulièrement des exercices de simulation pour suivre le rythme de cette nouvelle génération de ransomware.
Conclusion
La technique de transition de serveurs de ShadowSyndicate marque un tournant dans le monde des ransomwares. À mesure que les attaquants deviennent plus rapides et plus intelligents, les défenseurs doivent abandonner les approches statiques et faire preuve d’agilité. Dans le jeu du chat et de la souris de la cybercriminalité, les ombres deviennent de plus en plus difficiles à traquer - et encore plus à attraper.
WIKICROOK
- Commande : Une commande est une instruction envoyée à un appareil ou un logiciel, souvent par un serveur C2, lui ordonnant d’effectuer des actions spécifiques, parfois à des fins malveillantes.
- Phishing : Le phishing est un cybercrime où des attaquants envoient de faux messages pour inciter les utilisateurs à divulguer des données sensibles ou à cliquer sur des liens malveillants.
- Living : Living off the Land signifie que les attaquants utilisent des outils système de confiance (LOLBins) à des fins malveillantes, rendant leurs activités furtives et difficiles à détecter.
- Enregistrement DNS TXT : Un enregistrement DNS TXT stocke des informations textuelles dans le système de noms de domaine, souvent pour la sécurité des e-mails, mais peut être détourné pour dissimuler des données ou des commandes.
- Double extorsion : La double extorsion est une tactique de ransomware où les attaquants chiffrent les fichiers et volent également des données, menaçant de les divulguer si la rançon n’est pas payée.