Des yeux partout : une plainte vise le réseau de surveillance généralisée de la police de New York
Une nouvelle plainte affirme que le système de surveillance de la police new-yorkaise viole les droits civils et place la vie privée de la ville sous la loupe.
En bref
- Le Domain Awareness System (DAS) du NYPD relie caméras, capteurs et bases de données à l’échelle de la ville.
- Une plainte pour atteinte aux droits civils allègue que le DAS viole les protections constitutionnelles contre les fouilles abusives.
- Le DAS a été développé avec Microsoft et fonctionne depuis 2012.
- Tous les agents du NYPD peuvent accéder au DAS depuis leur téléphone portable à tout moment.
- La plainte est menée par le Surveillance Technology Oversight Project (STOP) et un grand cabinet d’avocats spécialisé en droits civils.
Au cœur du panoptique numérique de la ville
Imaginez vivre dans un appartement où la caméra de police de l’autre côté de la rue ne cligne jamais des yeux - son œil rouge surveillant silencieusement chacun de vos gestes. Pour de nombreux New-Yorkais, ce n’est pas de la fiction dystopique mais une réalité quotidienne, et aujourd’hui, c’est au centre d’une plainte fédérale qui pourrait redéfinir les limites de la vie privée dans la plus grande ville d’Amérique.
La plainte, déposée par le Surveillance Technology Oversight Project (STOP) au nom de deux résidents, vise le Domain Awareness System (DAS) du New York Police Department - une vaste plateforme de surveillance développée en partenariat avec Microsoft. Bien plus qu’un simple réseau de caméras de rue, le DAS est un système nerveux numérique qui connecte plus d’une douzaine de technologies : flux de caméras à l’échelle de la ville, lecteurs de plaques d’immatriculation, reconnaissance faciale, analyses de données financières, et même les enregistrements des appels au 911 et au 311. Toutes ces données sont fusionnées dans une seule plateforme consultable à laquelle tout agent du NYPD peut accéder depuis un téléphone portable.
Comment fonctionne le DAS - et pourquoi il fait polémique
Techniquement, le DAS est un « centre de fusion » - un pôle où d’innombrables flux de données sont rassemblés et analysés en temps réel. Il peut suivre le trajet d’une voiture de Brooklyn au Bronx, repérer des visages dans une foule, et même afficher les dossiers d’appels à la police ou aux services d’urgence en quelques clics. Selon STOP, ce système ne sert pas seulement à résoudre des crimes ; il construit discrètement des profils numériques de millions de New-Yorkais ordinaires, dont beaucoup n’ont jamais été accusés d’aucun méfait.
La plainte affirme qu’une telle surveillance persistante et centralisée étouffe la liberté d’expression et permet des fouilles sans mandat, en violation de la Constitution américaine. L’image d’une « plateforme policière voyeuriste » évoque des relents orwelliens - où la ville elle-même devient une immense tour d’observation, ses habitants des sujets involontaires. Les experts juridiques soulignent que si la police a longtemps utilisé des outils de surveillance, jamais autant de flux de données n’avaient été réunis dans un réseau aussi accessible et permanent.
L’ombre de la surveillance : un débat national - et mondial
New York n’est pas la seule à adopter la police high-tech : des villes de Londres à Los Angeles ont expérimenté des systèmes similaires, souvent en invoquant la menace terroriste et la sécurité publique. Mais les critiques avertissent que cette surveillance peut être détournée, visant des militants ou des communautés marginalisées et sapant la confiance du public. L’Union américaine pour les libertés civiles a maintes fois soutenu qu’une surveillance policière incontrôlée mine la démocratie elle-même.
Les forces du marché jouent aussi un rôle. L’industrie mondiale de la technologie de surveillance est en plein essor, avec des géants comme Microsoft jouant un rôle central dans les projets de sécurité urbaine. À mesure que ces systèmes deviennent plus puissants et interconnectés, les questions juridiques et éthiques ne font que s’intensifier.
WIKICROOK
- Domain Awareness System (DAS) : Le Domain Awareness System (DAS) est une plateforme utilisée par le NYPD pour collecter et analyser des données provenant de caméras, capteurs et bases de données à l’échelle de la ville.
- Centre de fusion : Un centre de fusion est un pôle qui rassemble et fusionne des données provenant de diverses sources pour soutenir les opérations de police et de renseignement.
- Outils biométriques : Les outils biométriques identifient les individus à l’aide de caractéristiques physiques uniques, telles que les empreintes digitales ou la reconnaissance faciale, pour renforcer la sécurité et le contrôle d’accès.
- Lecteur de plaques d’immatriculation : Un lecteur de plaques d’immatriculation est un système de caméras qui scanne et enregistre automatiquement les plaques des véhicules pour le suivi, l’application de la loi et la sécurité.
- Fouille et saisie abusives : La fouille et saisie abusives sont une protection juridique empêchant les autorités de fouiller ou de saisir des biens sans motif valable ou mandat légal.