La crise des compétences cyber en Italie : les académies ITS peuvent-elles sauver la nation de la stagnation numérique ?
Sous-titre : Alors que l’Italie fait face à une pénurie critique de talents en cybersécurité et en IA, des programmes ITS innovants émergent comme une bouée de sauvetage pour l’avenir numérique du pays.
C’est une course contre la montre pour la transformation numérique de l’Italie. Tandis que les cyberattaques explosent et que l’IA bouleverse les industries, une urgence silencieuse se profile : la pénurie aiguë de professionnels qualifiés. L’Europe accusant un retard sur les leaders mondiaux de la tech, la pression monte pour que l’Italie comble son déficit croissant de compétences - ou risque d’être laissée sur le bord de la route technologique.
Le déficit de compétences qui menace les ambitions numériques de l’Italie
Les avertissements sévères de l’ancien Premier ministre Mario Draghi ont mis l’avenir de l’Italie sous les projecteurs : sans un renforcement rapide et massif des compétences numériques, le pays risque une stagnation structurelle. Les chiffres sont impressionnants. Entre 2024 et 2028, près d’un million de nouveaux postes sont prévus en cybersécurité, cloud computing et intelligence artificielle. Pourtant, le vivier de talents reste dangereusement limité.
Avec seulement une grande entreprise italienne sur cinq exploitant l’IA, et la plupart peinant à trouver du personnel qualifié, l’écart entre l’Italie et les puissances technologiques comme les États-Unis et la Chine se creuse. L’urgence est palpable - non seulement pour la croissance économique, mais aussi pour la sécurité nationale alors que les menaces cyber se multiplient.
ITS : la réponse tactique de l’Italie au déficit de talents numériques
La réponse du pays ? Les ITS - Instituts Techniques Supérieurs spécialisés, proposant des programmes post-bac de deux ans, étroitement alignés sur les besoins de l’industrie. Contrairement aux parcours académiques traditionnels, les cursus ITS sont co-conçus avec les entreprises, garantissant que les diplômés sont opérationnels dès le premier jour. Les résultats sont frappants : plus de 80 % des diplômés ITS trouvent un emploi dans l’année, la plupart dans des postes directement liés à leurs études.
Cela se vérifie particulièrement à l’ITS Digital Academy “Mario Volpato” dans le Nord-Est industriel de l’Italie, où les entreprises du numérique et des TIC sont en plein essor. Ici, les programmes sont mis à jour chaque année pour coller à la demande du marché, formant des développeurs IA, spécialistes cybersécurité, analystes de données, et plus encore. Entre 2025 et 2027, l’Académie a admis 420 étudiants sur plus de 600 candidats, reflétant une demande et une sélectivité en forte hausse.
Cybersécurité : d’une faiblesse nationale à une opportunité
La vulnérabilité de l’Italie n’est pas théorique. En 2024, elle s’est classée quatrième mondiale pour les cyberattaques, avec des ransomwares visant des secteurs allant de l’industrie manufacturière aux transports - notamment dans des régions comme la Lombardie et la Vénétie. Les PME de Vénétie à elles seules ont vu les cyberattaques grimper de 64 % depuis 2019, pour un coût estimé à 300 millions d’euros.
À mesure que la numérisation s’accélère, le besoin d’administrateurs systèmes et d’experts cybersécurité formés est devenu vital pour les entreprises italiennes. Les diplômés ITS prennent place dans ces rôles à forts enjeux, assurant une ligne de défense cruciale pour l’économie nationale.
Argent public, force privée : un modèle coopératif
Le gouvernement a répondu par un investissement de 265 millions d’euros sur les trois prochaines années, soulignant l’importance stratégique des ITS dans la politique nationale. L’implication du secteur privé est tout aussi essentielle : les entrepreneurs régionaux cofinancent les parcours de formation pour garantir un flux continu de talents.
Conclusion : Miser sur les cerveaux pour la survie numérique de l’Italie
Le pari de l’Italie sur les ITS pourrait décider de sa réussite ou de son déclin à l’ère numérique. En mariant industrie et éducation, ces instituts ne se contentent pas de pourvoir des emplois - ils renforcent la position de l’Italie dans un paysage technologique mondial impitoyable. Les enjeux n’ont jamais été aussi élevés, et l’issue résonnera sur tout l’avenir numérique de l’Europe.
WIKICROOK
- ITS (Instituts Techniques Supérieurs) : Les ITS sont des écoles post-bac italiennes qui forment des techniciens experts en cybersécurité et technologies numériques, avec des parcours pratiques et des collaborations avec les entreprises.
- IA (Intelligence Artificielle) : L’intelligence artificielle (IA) permet aux ordinateurs d’effectuer des tâches nécessitant normalement l’intelligence humaine, comme l’apprentissage, le raisonnement et la prise de décision.
- Ransomware : Le ransomware est un logiciel malveillant qui chiffre ou bloque des données, exigeant une rançon des victimes pour restaurer l’accès à leurs fichiers ou systèmes.
- Administrateur système : Un administrateur système gère, sécurise et maintient les systèmes informatiques, serveurs et comptes utilisateurs d’une organisation pour garantir leur bon fonctionnement et leur sécurité.
- EQF (Cadre européen des certifications) : L’EQF est un système européen qui standardise et compare les niveaux d’éducation et de qualification, facilitant la reconnaissance et la mobilité à travers les pays européens.