Secrets de la Silicon Valley Passés en Contrebande : Des Ingénieurs de Google Accusés d’Espionnage Technologique Lié à l’Iran
Trois ressortissants iraniens font face à des accusations fédérales après avoir prétendument siphonné des données confidentielles sur les processeurs de Google et les avoir transférées à l’étranger.
On dirait le scénario d’un cyber-thriller : des ingénieurs de confiance dans l’une des entreprises technologiques les plus puissantes du monde siphonnent discrètement des secrets sensibles, leurs traces numériques menant de la Silicon Valley jusqu’au cœur de l’Iran. Mais ce n’est pas de la fiction. La semaine dernière, des procureurs fédéraux ont dévoilé des accusations contre deux anciens ingénieurs de Google et un complice, les accusant d’avoir orchestré l’un des vols de secrets commerciaux les plus audacieux de ces dernières années.
Selon le ministère de la Justice, Samaneh Ghandali et sa sœur Soroor Ghandali - toutes deux anciennes employées de Google - ainsi que le mari de Samaneh, Mohammadjavad Khosravi, auraient abusé de leur accès privilégié à certaines des propriétés intellectuelles les mieux gardées de Google. Les procureurs affirment que le groupe a méthodiquement exfiltré des fichiers confidentiels concernant la sécurité des processeurs et la cryptographie, non seulement de Google mais aussi d’autres grandes entreprises technologiques dans le secteur concurrentiel de l’informatique mobile.
Les sœurs Ghandali, employées sur des projets liés au processeur Tensor de Google (la puce sur mesure qui alimente les téléphones Pixel), auraient transféré des centaines de fichiers vers des plateformes de messagerie tierces, avec des canaux nommés d’après chaque conspirateur. Ces fichiers ont ensuite été copiés sur divers appareils personnels et ordinateurs portables professionnels, tissant une toile complexe de preuves numériques et physiques.
Lorsque la sécurité interne de Google a signalé une activité suspecte en août 2023, l’opération présumée ne s’est pas arrêtée. Au contraire, les prévenus auraient redoublé d’efforts, soumettant de fausses déclarations sous serment, détruisant des preuves numériques et recourant à des méthodes traditionnelles - comme photographier manuellement des écrans sensibles - pour éviter d’être détectés par la police scientifique numérique. Les enquêteurs ont découvert des recherches internet sur la suppression des communications et des questions sur la durée de conservation des messages par les opérateurs mobiles pour les procédures judiciaires, suggérant une volonté calculée d’effacer leurs traces.
Peut-être de façon encore plus audacieuse, à la veille d’un voyage en Iran en décembre 2023, Samaneh Ghandali aurait utilisé son téléphone portable pour prendre des dizaines de photos de l’écran de l’ordinateur professionnel de son mari, capturant ainsi d’autres secrets commerciaux. Ces images ont ensuite été retrouvées sur des appareils liés à elle en Iran, confirmant la portée internationale de la fuite.
Google, prompt à réagir, affirme avoir depuis renforcé ses protocoles de sécurité des données et avoir immédiatement alerté les forces de l’ordre dès la découverte de la violation. Cette affaire survient peu après la condamnation très médiatisée d’un ex-ingénieur de Google qui avait tenté de lancer une start-up en Chine en utilisant des secrets d’entreprise volés, soulignant les enjeux mondiaux du vol de propriété intellectuelle dans la course technologique.
Le pipeline Silicon Valley–Téhéran révélé par cette inculpation rappelle crûment que, dans le monde de l’innovation de pointe, les plus grandes menaces ne viennent pas toujours de hackers anonymes, mais parfois d’initiés de confiance ayant accès - prêts à tout risquer pour des secrets valant des milliards. Alors que la procédure judiciaire suit son cours, l’industrie technologique observe avec anxiété, consciente que les secrets commerciaux d’aujourd’hui sont les champs de bataille de demain.
WIKICROOK
- Secret commercial : Un secret commercial est une information d’entreprise confidentielle qui offre un avantage concurrentiel et bénéficie d’une protection légale contre la divulgation non autorisée.
- Exfiltration : L’exfiltration est le transfert non autorisé de données sensibles du réseau d’une victime vers un système externe contrôlé par des attaquants.
- Entrave à la justice : L’entrave à la justice consiste à interférer avec des enquêtes criminelles, comme la suppression de preuves ou la désinformation des autorités, et est illégale dans le contexte de la cybersécurité.
- Sécurité des processeurs : La sécurité des processeurs protège les CPU contre l’accès non autorisé, la falsification et les cybermenaces grâce à des mesures matérielles et logicielles assurant des opérations informatiques sûres.
- Déclaration sous serment : Une déclaration sous serment est un témoignage écrit et juré utilisé comme preuve, souvent dans le cadre de procédures judiciaires liées à des incidents de cybersécurité ou des enquêtes numériques.