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🗓️ 24 Feb 2026   🌍 North America

Derrière le rideau du cloud : comment les promesses « souveraines » des géants de la tech s’effondrent au premier test juridique

Sous-titre : Les hyperscalers américains vendent à l’Europe l’illusion de la souveraineté numérique - tandis que la loi américaine détient les véritables clés du cloud.

Dans les centres de données étincelants qui parsèment l’Europe, les géants de la tech promettent « souveraineté numérique » et « contrôle local ». Mais derrière ce marketing soigné, gouvernements et entreprises européens découvrent une réalité brutale : les véritables maîtres du cloud ne répondent ni à Bruxelles ni à Berlin, mais à Washington, D.C. Tandis que des hyperscalers américains comme Microsoft, Amazon Web Services et Google Cloud vantent des solutions de « cloud souverain », un nombre croissant de professionnels de la sécurité et de décideurs politiques avertissent que ces offres ne sont peut-être qu’un tour de passe-passe juridictionnel - laissant l’Europe exposée, dépendante, et finalement impuissante.

Le terme « souveraineté-washing » se répand sur le continent, à l’image du « greenwashing » dans le domaine environnemental. Ici, il s’agit de présenter une simple localisation des données - des serveurs physiquement en Europe - comme une souveraineté totale, alors qu’en réalité, le plan de contrôle et le pouvoir juridique restent à la Silicon Valley et à Seattle. Pendant des années, les clients européens ont cru qu’en stockant leurs données à Francfort ou à Paris, ils étaient protégés par la législation européenne. Mais la portée extraterritoriale des lois américaines, comme le CLOUD Act de 2018 et la section 702 du FISA, a brisé cette illusion. Si l’Oncle Sam frappe à la porte, même le cloud le plus « européen » peut être contraint de livrer ses secrets.

La façade s’est publiquement effondrée en juin 2025, lorsque la responsable juridique de Microsoft France a déclaré au Sénat : « Je ne peux pas garantir » que les données des citoyens français ne seraient pas transmises aux autorités américaines. Des aveux similaires ont suivi de la part d’AWS, Google et Salesforce. Les conséquences sont devenues concrètes lorsque les États-Unis ont imposé des sanctions à la Cour pénale internationale ; la conformité de Microsoft a entraîné la coupure soudaine des e-mails de la CPI, forçant une migration rapide vers des services suisses et open source. Ce qui n’était qu’une hypothétique « coupure numérique » est désormais un précédent documenté.

Les offres « souveraines » des géants de la tech - centres de données européens, personnel local, sociétés écrans juridiques - apportent des améliorations techniques, comme le chiffrement géré par le client et un support localisé. Mais le plan de contrôle, le véritable centre névralgique, reste entre des mains américaines. Même les coentreprises comme Bleu en France, qui intercalent des opérateurs locaux, ne peuvent échapper à la dépendance technologique et juridique envers leurs partenaires américains.

L’Union européenne contre-attaque. De nouveaux cadres, comme le Cloud Sovereignty Framework et des actes réglementaires (NIS2, DORA, Data Act), visent à resserrer l’étau. Pourtant, les critères de souveraineté restent sujets à controverse, le lobbying américain ayant affaibli les exigences dans les schémas de certification. Pendant ce temps, des migrations de terrain - comme le passage du Schleswig-Holstein à l’open source, ou le départ de la CPI de Microsoft - montrent que des alternatives techniques existent, du moins pour les charges de travail à haut risque.

Pour les RSSI et les architectes sécurité, le « souveraineté-washing » n’est pas qu’un débat de politique publique - c’est un risque opérationnel quotidien. Aucun chiffrement, aucun contrat, ne peut prévaloir sur une injonction légale étrangère. La seule véritable défense est de se poser, et de répondre honnêtement, la question suivante : qui contrôle réellement vos données ? Tant que l’Europe n’aura pas choisi de construire et d’investir dans ses propres fondations numériques, la réponse risque de rester douloureusement évidente.

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  • Hyperscaler : Un hyperscaler est un géant technologique qui exploite d’immenses centres de données et réseaux, fournissant des services cloud et une infrastructure évolutifs à des utilisateurs et entreprises du monde entier.
  • Souveraineté des données : La souveraineté des données signifie que les données sont soumises aux lois du pays où elles sont stockées, ce qui a un impact sur la confidentialité, la sécurité et la conformité.
  • CLOUD Act : Le Cloud Act est une loi américaine qui permet aux autorités américaines d’accéder aux données détenues par des entreprises américaines, même si ces données sont stockées à l’étranger.
  • Plan de contrôle : Le plan de contrôle est la couche de gestion qui orchestre, configure et administre l’infrastructure et les opérations de données dans les réseaux ou services cloud.
  • Coupure numérique : Une coupure numérique permet à des parties autorisées de désactiver à distance des dispositifs ou services numériques, souvent pour des raisons juridiques, de sécurité ou politiques.
Digital Sovereignty Cloud Act Sovereignty-washing

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AI System Protection Engineer
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