Ombres de logiciels espions : un homme politique allemand exige une enquête sur une intrusion cybernétique hongroise
Les allégations fusent alors qu’un eurodéputé allemand réclame une enquête officielle sur l’utilisation présumée de logiciels espions par la Hongrie contre des législateurs de l’UE.
En bref
- L’eurodéputé allemand Daniel Freund affirme que les services secrets hongrois ont tenté de pirater son téléphone avec le logiciel espion “Candiru”.
- L’attaque a été menée via un courriel de phishing, mais Freund n’a pas cliqué sur le lien.
- Freund et la Société pour les droits civiques ont déposé une plainte officielle auprès des autorités allemandes.
- Le Parlement européen a connu plusieurs incidents de logiciels espions visant des responsables depuis 2022.
- Le gouvernement hongrois, dirigé par Viktor Orbán, est sous le feu des critiques pour des abus présumés de surveillance.
Une guerre froide numérique dans les couloirs du pouvoir européen
Imaginez le téléphone d’un parlementaire, vibrant sous l’afflux de messages urgents de la journée - jusqu’à ce qu’un prédateur numérique se cache dans un courriel à l’apparence innocente. Voici le nouveau visage de l’espionnage politique en Europe : silencieux, invisible et terriblement efficace. Mercredi, l’eurodéputé allemand Daniel Freund a tiré la sonnette d’alarme, exhortant les autorités à enquêter pour savoir si les services secrets hongrois, sur ordre du Premier ministre Viktor Orbán, ont tenté d’infiltrer son téléphone.
L’anatomie d’une tentative de piratage
L’attaque, a révélé Freund, s’est présentée sous la forme d’un courriel envoyé par un prétendu étudiant ukrainien. Sa véritable charge utile : un lien qui, s’il avait été cliqué, aurait libéré le logiciel espion “Candiru” - un outil sophistiqué capable de transformer un smartphone en dispositif de surveillance secret. Heureusement, Freund n’a pas mordu à l’hameçon. Mais les implications sont glaçantes. « Il y a des indices montrant que les services secrets hongrois sont derrière l’attaque », a déclaré Freund, faisant écho aux conclusions des experts informatiques du Parlement européen.
Candiru n’est pas un logiciel malveillant ordinaire. Vendu uniquement à des clients gouvernementaux, il est réputé pour être utilisé contre des journalistes, des militants et des opposants politiques à travers le monde. Il exploite des vulnérabilités cachées, contournant les défenses comme un cambrioleur numérique. Une fois installé, il peut voler des messages, activer les micros et suivre les déplacements - le tout à l’insu de la victime.
Les retombées politiques des logiciels espions
Freund n’est pas le premier responsable européen à faire face à de telles menaces. Depuis 2022, le Parlement européen propose des analyses gratuites de logiciels espions pour les appareils de ses membres, après que plusieurs responsables, notamment ceux siégeant dans des commissions de sécurité, ont découvert des traces de logiciels de surveillance. Cette initiative du Parlement est intervenue après des révélations selon lesquelles Pegasus - un autre logiciel espion tristement célèbre développé par le groupe israélien NSO - avait été utilisé contre des hommes politiques en Espagne, en Pologne et en Hongrie même.
Le contexte général est saisissant : les logiciels espions commerciaux sont devenus des armes géopolitiques. Les gouvernements utilisent ces outils non seulement pour lutter contre la criminalité ou le terrorisme, mais aussi pour surveiller rivaux et critiques. La Hongrie, sous Orbán, fait l’objet d’accusations répétées d’érosion des normes démocratiques et d’utilisation de la surveillance pour faire taire la dissidence. Les enjeux sont élevés, chaque nouvel incident menaçant la confiance entre les États membres de l’UE et soulevant des questions sur la sécurité des communications des législateurs.
L’heure du bilan pour les logiciels espions en Europe
La plainte étant désormais entre les mains des procureurs allemands et des unités de lutte contre la cybercriminalité, la Hongrie est sous les projecteurs. Si les soupçons de Freund sont confirmés, il ne s’agirait pas seulement d’une attaque personnelle, mais d’une atteinte directe à l’intégrité du Parlement européen. À mesure que les menaces numériques gagnent en sophistication, les législateurs européens se retrouvent en première ligne d’une cyberguerre silencieuse - où les armes sont muettes, mais les conséquences pourraient résonner pendant des années.
WIKICROOK
- Candiru spyware : Candiru est un outil de surveillance furtif vendu aux gouvernements, permettant un accès et un contrôle secrets des smartphones et ordinateurs sans le consentement de l’utilisateur.
- Phishing : Le phishing est une cybercriminalité où des attaquants envoient de faux messages pour inciter les utilisateurs à révéler des données sensibles ou à cliquer sur des liens malveillants.
- Technologie de surveillance : La technologie de surveillance regroupe les outils et logiciels utilisés pour surveiller les activités numériques ou physiques des personnes, souvent par les gouvernements ou les forces de l’ordre.
- Zero : Une vulnérabilité zero-day est une faille de sécurité cachée, inconnue de l’éditeur du logiciel et sans correctif disponible, ce qui la rend très précieuse et dangereuse pour les attaquants.
- Parlement européen : Le Parlement européen est l’organe législatif élu directement de l’UE, chargé d’élaborer les lois et de superviser les actions des États membres.