Vulnérabilités en orbite : pourquoi notre sécurité dépend désormais de l’espace
Alors que les satellites deviennent la nouvelle ligne de front pour la défense et les cyberattaques, l’Europe fait face à des questions urgentes sur la protection de son infrastructure spatiale.
En bref
- L’infrastructure spatiale est désormais considérée comme vitale pour la sécurité civile et militaire en Europe.
- Les cyberattaques visant les satellites et les stations au sol sont en hausse, tant en nombre qu’en sophistication.
- L’ESA s’oriente vers une approche plus axée sur la défense, une première pour cette agence traditionnellement civile.
- Il n’existe pas encore de norme internationale universelle de cybersécurité pour les systèmes spatiaux.
- Les communications quantiques et la cryptographie post-quantique sont explorées pour garantir la sécurité spatiale à l’avenir.
De la science-fiction à cible stratégique
Il n’y a pas si longtemps, l’idée que des satellites puissent être piratés relevait du scénario de série B. Mais dans les couloirs résonnants de la conférence européenne Space & Underwater, Massimo Panzeri de l’Agence spatiale européenne (ESA) a exposé une nouvelle réalité saisissante : l’infrastructure spatiale est désormais une cible de choix - et un pilier fondamental - de la défense nationale.
Les satellites, autrefois symboles du progrès scientifique pacifique, soutiennent aujourd’hui tout, de la navigation GPS aux communications militaires et à la gestion des catastrophes. « Sécurité et défense » sont désormais les maîtres mots, a souligné Panzeri, repris lors des réunions entre l’ESA et les États membres. Pour la première fois, l’agence est directement impliquée dans les discussions sur la défense - un changement radical pour une organisation née avec des objectifs strictement civils.
Le nouveau champ de bataille au-dessus de nos têtes
Pourquoi une telle urgence ? Les fils invisibles qui relient les satellites à la Terre - signaux, commandes ou flux de données - sont de plus en plus vulnérables aux cyberattaques. Ces dernières années, les attaques n’ont pas seulement augmenté en nombre, elles ont aussi gagné en sophistication. Les satellites ne sont pas les seuls en danger ; les stations au sol, véritables centres névralgiques qui contrôlent et communiquent avec ces actifs en orbite, sont également des cibles.
L’histoire offre des précédents glaçants. Le piratage de Viasat en 2022, par exemple, a vu des acteurs liés à la Russie paralyser l’internet satellitaire à travers l’Europe au début du conflit en Ukraine. De tels incidents révèlent le potentiel de la « cyberguerre spatiale » à perturber non seulement les opérations militaires, mais aussi la vie civile - banques, transports, voire services d’urgence pourraient être paralysés par une attaque numérique bien ciblée.
À la poursuite des normes, sécuriser la chaîne d’approvisionnement
L’approche de l’ESA évolue. La cybersécurité est désormais intégrée « dès la conception » aux premières étapes du développement des satellites. L’équipe de Panzeri utilise l’émulation - des jumeaux numériques - pour détecter les failles avant même que les satellites ne quittent le sol. Pourtant, un défi majeur subsiste : il n’existe toujours pas de norme internationale de cybersécurité universellement acceptée pour les systèmes spatiaux. Cela complique la coopération avec d’autres agences comme la NASA, chacune arrivant avec ses propres règles.
Autre maillon faible : la chaîne d’approvisionnement. Les engins spatiaux dépendent d’une multitude de composants électroniques, mécaniques et optiques provenant du monde entier. Suivre et sécuriser chaque pièce est une tâche titanesque. L’ESA prévoit de lancer de nouvelles initiatives pour tracer et vérifier les fournisseurs critiques, afin de combler ces failles avant qu’elles ne soient exploitées par des adversaires.
Le saut quantique - et un avertissement sévère
En regardant vers l’avenir, l’ESA investit dans les communications quantiques et la cryptographie post-quantique - des technologies conçues pour résister même aux ordinateurs de demain. Mais l’avertissement de Panzeri demeure : de nombreux acteurs du secteur spatial ne sont pas encore prêts à répondre aux exigences de sécurité de cette nouvelle ère. À mesure que notre quotidien dépend de plus en plus de ce qui gravite au-dessus de nos têtes, l’écosystème de la sécurité spatiale doit mûrir - vite.
WIKICROOK
- Station au sol satellite : Une station au sol satellite est une installation terrestre qui communique avec, surveille et contrôle les satellites en orbite à l’aide d’équipements spécialisés.
- Cybersécurité dès la conception : La cybersécurité dès la conception consiste à intégrer la sécurité dans la technologie dès le départ, en faisant de la protection une composante essentielle de chaque système et processus.
- Émulation : L’émulation consiste à faire en sorte qu’un système imite les fonctions d’un autre, permettant à du matériel moderne d’exécuter des logiciels ou des tâches conçus pour des appareils différents ou plus anciens.
- Communication quantique : La communication quantique utilise la physique quantique pour transmettre des informations de manière sécurisée, rendant l’interception pratiquement impossible et garantissant une confidentialité maximale.
- Sécurité de la chaîne d’approvisionnement : La sécurité de la chaîne d’approvisionnement garantit que toutes les étapes du parcours d’un produit ou service sont protégées contre les cybermenaces, le sabotage et le contrôle étranger.