Siège numérique : les gouvernements locaux américains paralysés par une offensive cybernétique
De récentes cyberattaques au Texas, au Tennessee et dans l’Indiana ont perturbé des services publics essentiels, révélant des vulnérabilités critiques alors que le soutien fédéral en cybersécurité s’affaiblit.
En bref
- Le comté de Kaufman, au Texas, et La Vergne, au Tennessee, ont subi cette semaine d’importantes cyberattaques, paralysant les opérations des administrations locales.
- Les services essentiels comme la police et les secours d’urgence sont restés opérationnels, mais les tribunaux, les systèmes fiscaux et les services publics ont été perturbés.
- Le soutien fédéral à la cybersécurité des gouvernements locaux s’est affaibli en raison de coupes budgétaires, d’une fermeture du gouvernement et de l’expiration de lois sur le partage du renseignement cybernétique.
- D’autres victimes récentes incluent le comté de Dekalb, dans l’Indiana, et le réseau de bibliothèques du comté de Chester, en Pennsylvanie.
- Les habitants des zones touchées font face à des retards dans les procédures judiciaires, le traitement des paiements et l’accès aux services municipaux.
Une semaine de paralysie numérique
Imaginez le système nerveux d’une ville court-circuité du jour au lendemain : des tribunaux réduits au silence, des paiements de services publics bloqués, des bureaux administratifs fermés. C’est la réalité vécue par des milliers de personnes dans le comté de Kaufman, au Texas, et à La Vergne, au Tennessee, après que des cyberattaques ont frappé leurs réseaux municipaux en succession rapide. Si les radios de la police grésillaient encore et que les ambulances circulaient, la colonne vertébrale numérique de la gouvernance locale a plié sous une pression invisible.
Pour le comté de Kaufman, vaste banlieue de Dallas de près de 200 000 habitants, l’attaque a frappé lundi, mettant hors service les ordinateurs du palais de justice et déclenchant une vague de notifications aux autorités étatiques et fédérales. Au Tennessee, les bureaux municipaux de La Vergne ont fermé leurs portes, laissant plus de 40 000 résidents dans l’impossibilité de payer leurs factures d’eau ou leurs impôts fonciers en ligne. Les audiences ont été reportées et les paiements sont revenus aux chèques et mandats traditionnels.
Défenses sous-financées, menaces croissantes
Ces attaques ne sont pas isolées. Rien que le mois dernier, le comté de Dekalb, dans l’Indiana, et le réseau de bibliothèques du comté de Chester, en Pennsylvanie, ont signalé des violations similaires. Les gouvernements locaux, souvent dotés de budgets très limités, font désormais face à des cybercriminels de plus en plus sophistiqués qui exploitent des systèmes obsolètes et des défenses insuffisantes.
Le moment ne pourrait être plus mal choisi. Alors que les attaques s’intensifient, les soutiens fédéraux s’effritent. La récente fermeture du gouvernement a entraîné des coupes budgétaires et des mises en congé, entravant l’action des agences fédérales qui aidaient traditionnellement les collectivités à répondre aux assauts numériques et à s’en remettre. Plus inquiétant encore : l’expiration d’une loi clé qui permettait le partage du renseignement sur les menaces cybernétiques entre agences fédérales et locales, laissant les communautés voler à l’aveugle alors que la tempête s’intensifie.
En octobre, le Département de la Sécurité intérieure a mis fin à un partenariat essentiel avec le Center for Internet Security, coupant ainsi un canal majeur d’information sur les menaces. Désormais, villes et comtés doivent se débrouiller seuls, souvent avec des logiciels antivirus obsolètes et des équipes informatiques surchargées.
Le passé comme prologue : des leçons non retenues
Le scénario est connu. En 2019, plus de 20 villes texanes ont été frappées simultanément par des rançongiciels, paralysant police, services publics et mairies. Partout aux États-Unis, les attaques contre les administrations locales se multiplient, les pirates cherchant une rançon ou simplement à semer le chaos. Les experts estiment que la tendance va s’accentuer, les cybercriminels visant le talon d’Achille du secteur public.
La vague récente met en lumière une vérité brutale : l’infrastructure numérique est désormais aussi critique - et aussi vulnérable - que les routes et les ponts. Sans défenses robustes et bien financées, et sans partage fluide du renseignement sur les menaces, la prochaine panne générale pourrait n’être qu’à un clic.
WIKICROOK
- Cyberattaque : Une cyberattaque est une tentative non autorisée d’accéder à, de perturber ou d’endommager des systèmes informatiques ou des données, souvent à des fins financières, d’espionnage ou de sabotage.
- Rançongiciel : Un rançongiciel est un logiciel malveillant qui chiffre ou verrouille des données, exigeant un paiement des victimes pour rétablir l’accès à leurs fichiers ou systèmes.
- Renseignement sur les menaces : Le renseignement sur les menaces est une information concernant les menaces cybernétiques qui aide les organisations à anticiper, identifier et se défendre contre de potentielles cyberattaques.
- Fermeture du gouvernement : Une fermeture du gouvernement survient lorsque les agences fédérales ferment ou limitent leurs opérations faute de financement, perturbant les services publics et les fonctions de soutien.
- Logiciel antivirus : Un logiciel antivirus détecte, bloque et supprime les logiciels malveillants pour protéger ordinateurs et appareils contre les virus, le piratage et autres menaces cybernétiques.