Sabotage de la chaîne d’approvisionnement : comment un développement logiciel défaillant paralyse les fabricants
Une seule faille dans la sécurité logicielle peut paralyser des industries entières - voici pourquoi les fabricants doivent repenser la façon dont leur technologie est conçue.
Lorsque les lignes de production de Jaguar Land Rover se sont arrêtées, le monde a compris ce qui se passe lorsqu’une cyberattaque franchit la barrière numérique pour toucher le monde physique. Autrefois un cauchemar hypothétique, la faille chez JLR est devenue un désastre à un milliard de dollars - laissant des milliers de personnes sans emploi et l’économie britannique sous le choc. Alors que les fabricants s’empressent de renforcer leurs défenses, une leçon s’impose : le véritable danger ne se cache pas toujours dans les machines, mais dans le code qui les fait fonctionner.
L’incident JLR n’a pas seulement été coûteux - il a servi d’alerte à tout un secteur. L’attaque ne provenait pas d’une offensive directe sur les ateliers, mais de l’utilisation d’identifiants compromis au sein de la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise. C’est une tendance : les pirates ciblent de plus en plus les logiciels qui sous-tendent les systèmes de fabrication, exploitant des faiblesses implantées bien avant que les produits n’atteignent la chaîne d’assemblage.
La fabrication moderne repose sur un réseau complexe de logiciels - souvent issus de multiples fournisseurs et communautés open source. Les attaquants le savent et se sont adaptés. Des tactiques comme l’injection de code malveillant via les gestionnaires de paquets node (NPM) ont permis à des menaces comme le cryptostealer Shai-Hulud d’infecter des centaines de paquets logiciels, parfois même utilisés par des entreprises de cybersécurité elles-mêmes. Une fois infiltrées, ces menaces peuvent persister des mois sans être détectées, se propageant à travers les réseaux et les partenaires commerciaux.
Malgré ces risques, de nombreux fabricants concentrent encore leurs vérifications d’achat sur la stabilité financière et la sécurité de l’infrastructure, négligeant le processus de développement des logiciels qu’ils acquièrent. C’est une erreur coûteuse. Les pratiques du cycle de vie de développement logiciel sécurisé (SSDLC) - comme le codage sécurisé, les tests automatisés, la gestion stricte des dépendances et des pipelines de publication sécurisés - sont essentielles pour détecter les vulnérabilités tôt, avant qu’elles ne deviennent des failles catastrophiques.
La réglementation évolue. La directive NIS 2 de l’UE impose désormais aux organisations de formaliser leurs processus SSDLC. Mais la conformité n’est qu’un point de départ. Les certifications sectorielles, telles que l’IEC 62443-4-1, offrent la preuve concrète qu’un fournisseur de logiciels a intégré la sécurité à chaque étape du développement - crucial dans des environnements où chaque minute d’arrêt coûte des millions et où la sécurité ne se négocie pas.
Pour les fabricants, il est temps de repenser l’évaluation des fournisseurs. Exiger des preuves de développement sécurisé - telles que des rapports d’audit, des Software Bill of Materials (SBOM) et des certifications pertinentes - doit devenir la norme. La surveillance continue, et non les simples listes de contrôle ponctuelles, est la nouvelle règle. Les enjeux ne sont plus théoriques ; la prochaine attaque sur la chaîne d’approvisionnement pourrait bien faire tomber un autre géant industriel.
Glossaire WIKICROOK
- Attaque sur la chaîne d’approvisionnement
- Une cyberattaque qui cible les vulnérabilités du réseau interconnecté de fournisseurs et de prestataires de services plutôt que des cibles directes.
- Cycle de vie de développement logiciel sécurisé (SSDLC)
- Un ensemble de processus intégrant des mesures de sécurité à chaque phase du développement logiciel, de la conception au déploiement.
- Node Package Manager (NPM)
- Un outil utilisé par les développeurs JavaScript pour partager et installer des paquets de code réutilisables ; une cible fréquente pour l’injection de logiciels malveillants.
- Certification IEC 62443-4-1
- Une norme internationale certifiant que les logiciels utilisés dans l’automatisation industrielle sont développés selon des pratiques de sécurité rigoureuses.
- Software Bill of Materials (SBOM)
- Une liste détaillée de tous les composants, bibliothèques et dépendances inclus dans un produit logiciel, utilisée pour suivre et gérer les risques de sécurité.