Bazar du marché noir d’ASGARD : des comptes bancaires italiens à vendre pour 80 $
Le secteur bancaire européen fait face à une nouvelle menace alors que des cybercriminels vendent des comptes italiens et européens sur le dark web, exposant les victimes à la fraude, au vol d’identité et à des risques juridiques.
En bref
- ASGARD, une organisation cybercriminelle, vend des comptes bancaires européens – y compris italiens – sur des forums clandestins pour seulement 80 $.
- Les comptes sont souvent créés à partir d’identités volées ou via des réseaux de « mules financières », contournant les dispositifs de sécurité financière.
- Les acheteurs utilisent ces comptes pour le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale et des fraudes internationales.
- Les autorités avertissent que les victimes peuvent être impliquées à leur insu dans des activités criminelles si leur identité est détournée.
- Les banques 100% digitales avec une ouverture de compte rapide sont des cibles privilégiées en raison de contrôles de vérification plus faibles.
Le marché du monde souterrain numérique
Imaginez un marché de rue animé – mais au lieu d’étals de fruits et de bibelots, chaque stand vend l’accès au compte bancaire de quelqu’un. C’est la sombre réalité qui se déroule sur les forums en ligne, où un groupe se faisant appeler « ASGARD » a ouvert boutique en tant que « Number One Account Store ». Pour des prix débutant à seulement 80 $, les cybercriminels peuvent acheter l’accès à des comptes bancaires européens, avec une mise en avant des comptes italiens, espagnols, français et polonais.
Ce qui distingue l’opération ASGARD, c’est son professionnalisme assumé : publicités soignées en russe, menus détaillés des comptes disponibles, et même un service client via Telegram. Les comptes proposés vont du personnel au professionnel, y compris ceux de banques digitales réputées comme Santander et Revolut – des établissements prisés pour leur ouverture de compte rapide et entièrement en ligne.
Comment fonctionne l’arnaque
Les comptes vendus par ASGARD ne sont pas de simples coquilles vides. Selon des analystes en sécurité, ils sont souvent créés à partir de documents personnels volés ou de « mules financières » recrutées – des personnes payées pour ouvrir des comptes pour autrui, souvent sans en comprendre les risques. Certains sont liés à de fausses entreprises, servant de façade pour l’évasion fiscale ou le blanchiment d’argent à grande échelle.
Les acheteurs – généralement d’autres criminels – utilisent ces comptes pour faire transiter des fonds illicites, rendant plus difficile la traçabilité de l’origine de l’argent par les forces de l’ordre. Pour les banques, c’est un scénario cauchemardesque : leurs dispositifs « Know Your Customer » (KYC) sont contournés et les comptes deviennent des vecteurs pour le crime organisé.
Leçons du passé, dangers actuels
Ce n’est pas la première fois que les banques européennes font face à de telles menaces. Au cours de la dernière décennie, les cybercriminels ont exploité à plusieurs reprises les failles de l’onboarding digital, notamment chez les fintechs désireuses d’attirer rapidement des clients. La fuite des FinCEN Files en 2020 a révélé combien les institutions financières du monde entier peinaient à détecter et prévenir ces abus. Aujourd’hui, l’affaire ASGARD montre que ces vulnérabilités sont loin d’être résolues – surtout à mesure que les réseaux criminels gagnent en sophistication et en portée internationale.
Les autorités italiennes, dont la Police Postale et la Guardia di Finanza, s’efforcent de surveiller et de perturber ces plateformes du marché noir. Mais tant que la demande restera forte et que la vérification digitale restera imparfaite, le risque persistera pour les banques comme pour les citoyens sans méfiance.
Conclusion : le prix de la commodité
L’affaire ASGARD rappelle crûment que la révolution digitale dans la banque, tout en offrant rapidité et accessibilité, a aussi ouvert la porte à de nouvelles formes de cybercriminalité. Pour chaque client profitant d’une création de compte instantanée, il y a une victime cachée dont l’identité pourrait être en vente dans un recoin obscur d’internet. À mesure que la frontière entre commodité et sécurité s’estompe, la vigilance – de la part des banques, des régulateurs et des particuliers – n’a jamais été aussi cruciale.
WIKICROOK
- Mule financière : Une mule financière est une personne ou un compte utilisé pour transférer ou blanchir de l’argent volé, souvent recrutée à son insu pour aider les cybercriminels à dissimuler des fonds illégaux.
- Know Your Customer (KYC) : Le Know Your Customer (KYC) est un ensemble de règles obligeant les entreprises à vérifier l’identité de leurs clients afin de prévenir la fraude, le blanchiment d’argent et d’autres crimes financiers.
- Vol d’identité : Le vol d’identité est un crime où quelqu’un utilise les données personnelles d’autrui sans consentement, souvent pour commettre une fraude ou un vol financier.
- Onboarding : L’onboarding est le processus de vérification et de création de nouveaux comptes clients, notamment en ligne, pour garantir la sécurité et la conformité réglementaire.
- Forum du dark web : Un forum du dark web est une communauté en ligne cachée accessible avec des navigateurs spéciaux, souvent utilisée pour des activités illégales et l’échange de données volées ou d’outils de piratage.